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Sylvia L’Écuyer
Doctorat en musicologie obtenu en 1992 sous la direction de H Robert Cohen et Yves Gérard, Université Laval

Photo: Yukiko Onley

Comment êtes-vous arrivée à la musicologie? Que vous a-t-elle apporté?

C’est la musicologie qui est venue vers moi à la fin des années 1970 quand l’École de Musique de l’Université Laval a offert pour la première fois un programme d’études post-graduées en musicologie. J’étais déjà passionnée par les cours d’histoire et de littérature musicale, tentée par la philosophie et la linguistique, et obligée d’admettre qu’une carrière en interprétation était hors de question…

L’arrivée de musicologues comme le suisse Étienne Darbellay, qui donnait des cours pleins d’érudition et de rigueur, présentés avec un enthousiasme et un humour inénarrables, la néo-zélandaise Greer Garden, qui nous a communiqué sa passion pour la paléographie musicale à tel point que la classe se réunissait pour le plaisir, comme un club d’échec ou de Scrabble, l’américain H. Robert Cohen, qui a créé un groupe de recherche international et interdisciplinaire pour fouiller la presse musicale du XIXe siècle, le professeur Yves Gérard, qui a alterné pendant quelques années son enseignement entre Québec et le Conservatoire de Paris, amenant avec lui des étudiants français, une telle synergie a eu une influence déterminante sur plusieurs d’entre nous. Dès les premières années du programme, des publications majeures ont été réalisées, des participations aux colloques internationaux rendues possibles (inoubliable Berkeley, 1977) et des liens créés d’un continent à l’autre.

Dans un tel contexte, la musicologie m’est apparue comme une discipline ouverte et très riche: José Evangelista m’a fait découvrir l’ethnomusicologie, le claveciniste Scott Ross m’a éblouie par sa musicalité, sa virtuosité et sa science des pratiques d’interprétation de la musique ancienne, et j’ai eu la possibilité de me rendre chaque semaine à l’Université de Montréal pour assister aux séminaires de musicologie de Jean-Jacques Nattiez. Les travaux de recherche liés à la publication de l’intégrale des écrits critiques de Berlioz m’ont mis en contact avec l’équipe d’informaticiens de l’université et avec des chercheurs éminents sur trois continents. C’est aussi pour parler de ces travaux de recherche que j’ai mis les pieds pour la première fois dans un studio de radio.

Que faites-vous, quand vous ne faites pas de la musicologie?

La plupart de mes activités professionnelles et personnelles ont un rapport plus ou moins étroit avec la musicologie, ou du moins avec la musique. Depuis 1985, je suis animatrice et réalisatrice pour la radio et à l’occasion la télévision publiques, et s’il est vrai que pendant les dix premières années j’ai touché à tout, des nouvelles du sport aux grandes séries documentaires, je travaille exclusivement pour les émissions musicales depuis 1994. Le travail de communicatrice est pour moi très près de l’enseignement, et ma formation de musicologue est essentielle à mon travail. Mais c’est aussi une passion: mes voyages (une autre passion), mes lectures, mes amitiés, mes activités de loisir sont presque toujours liés à la musique. Enfin, l’ouverture de la discipline m’a conduite à réaliser et scénariser des films et de grands documentaires, à produire des enregistrements sonores, et à collaborer avec un organisme caritatif qui s’est donné comme mandat d’apporter les bienfaits de la musique aux personnes isolées dans des établissements de soins de longue durée.

Et puis je cultive, comme disait (ou presque) Victor Hugo, l’Art d’être Grand-mère, ce qui inclut le bonheur d’assister aux progrès de mes petits-fils devant leur piano et d’essayer de les suivre sur leurs planches à neige. Le reste du temps, quand je ne suis pas dans ma cuisine, je parcours les forêts et les bords de mer de la Colombie-Britannique où je vis depuis plusieurs années.

Racontez-nous un beau moment de votre vie de musicologue.

Ils sont nombreux…

Un des derniers en date, et qui culminait des années de travail, a eu lieu le 9 novembre 2006 quand j’ai été décorée du titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français. Dans son discours, le Consul Général rappelait mes recherches sur Berlioz, un livre sur la critique musicale de Joseph d’Ortigue, une série documentaire pour le bicentenaire de Berlioz, préparée pour les radios publiques francophones européennes, et une longue liste d’émissions de radio et de publications «contribuant à la promotion de la culture française». De recevoir cet honneur à Vancouver, au milieu de ma famille et de mes amis francophones et francophiles, a été un moment magnifique… même si mes petits-fils se demandent encore comment on peut être Chevalier sans posséder une épée!

Que répondez-vous si on vous demande: «C’est quoi, la musicologie?»

Je compare souvent la discipline à l’histoire de l’art ou de la littérature, qui sont généralement plus familières au grand public. Et puis je donne des exemples assez visibles. Mais le plus visible est bien sûr ce qu’on en fait: l’interprétation, l’enseignement, la recherche diffusée sous toutes ses formes: écrites, sonores, visuelles; l’administration, et même la création quand un musicologue recrée, par exemple, une partition perdue. Mais j’insiste beaucoup pour dire que la musicologie est aussi une discipline du présent, qu’elle s’ouvre sur les cultures du monde, sur la création contemporaine, sur toutes les musiques.

Quels sont vos projets actuels et/ou futurs?

Depuis septembre 2007, la réalisation et la présentation de l’émission hebdomadaire d’opéra sur les ondes d’Espace Musique est mon occupation principale. Elle inclut la programmation d’une partie de la saison (en dehors de la saison de diffusion du Metropolitan), la présentation des œuvres d’un point de vue musicologique, la réalisation d’entrevues et l’enregistrement de performances. Parallèlement, je réalise des enregistrements de disques et d’auditions de jeunes artistes.

Je suis en train de scénariser mon deuxième film: un long métrage documentaire consacré à Franz Liszt. Deux autres projets de films sont en attente. Le premier film dont j’ai signé la scénarisation et la réalisation, Bali par Cœur, était présenté en décembre à TV5 International, et en janvier à deux festivals internationaux (PUSH à Vancouver et Beloit au Wisconsin), après avoir été bien reçu au Congrès de la Société Américaine d’Ethnomusicologie à Colombus, Ohio, en octobre.

Je participe aussi activement à la mise sur pied du réseau international Francophone Music Criticism Network, lancé par l’Université de Londres, et je rédige en ce moment un chapitre du nouvel ouvrage consacré au compositeur George Onslow.

— 20 mars 2008

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